« Tout ça, c’est la faute à Karajan, d’abord, qui a littéralement subjugué le gamin que j’étais. A la télévision, bien sûr, au moment du repas dominical. Et Beethoven, tiens, les symphonies filmées par Clouzot. Et puis le rêve, les symphonies achetées une à une à 257 francs au Carrefour, en promotion.
De Beethoven, et par Karajan, les symphonies, évidemment. Avidement découvertes l’une après l’autre, au pro rata d’un argent de poche décidément trop rare pour finir l’intégrale.
Et puis… le long, long apprentissage, et le rêve qui s’incarne, petit à petit.
Le Conservatoire, mot magique écrit en lettres d’or dans un imaginaire vagabond. Étudier. Diriger. S’y retrouver (au Conservatoire), hasard de la vie, enseignant, élaborer un orchestre de plus en plus digne de ce nom. Inciter, donner l’envie. Jamais, au grand jamais, être persuadé qu’on dirige un orchestre « de jeunes ». Il n’y a pas de Mozart, de Mendelssohn, de Beethoven « de jeune ». Il y a Beethoven ; en dessous, ce n’est pas du Beethoven, au-dessus de Beethoven, ça n’existe pas.
Donner à chacun le sentiment profond de faire partie du voyage, de participer au grand oeuvre, même si la technique personnelle est encore perfectible, même si jouer parmi d’autres, trouver sa place, suivre le chef et la partition en même temps, ça ne s’improvise pas. Ça s’apprend, ça s’expérimente. Avoir 20 ans « de chaise », comme dit l’argot des musiciens, ça passe par bien des efforts, des doutes, des réflexes à acquérir, une discipline à s’imposer, une écoute des autres, souvent difficile quand on est isolé au milieu de cet animal rugissant et multicéphale qu’est un orchestre symphonique.
Il n’y a pas à être le meilleur, il y a à donner le meilleur de soi-même. Le chef d’orchestre est un guide, sa houlette se voit de plus loin, mais chaque jeune musicien est, déjà, un collègue. »
Orchestre Symphonique du Conservatoire Royal de Liège | Patrick Baton, direction | Fabian Fiorini, piano | André Klenes, contrebasse | Philippe Leblanc, clarinette
Johan Dupont, piano | Patrick Baton, direction | Polygone Jazzband | André Klenes, contrebasse | Diego Delporte, clarinette

